
Poste de contrôle frontalier, deux grues de quai, acquisitions foncières, investissements en sûreté, engagements environnementaux… Le Grand Port Maritime de la Guyane poursuit une modernisation de fond en 2025. Ses échanges institutionnels et commerciaux le prouvent : nous assistons à un changement d’ère. Une transition qui répond aux enjeux du moment comme à des mutations de grande échelle, ainsi que l’explique le Directeur Général du GPM-Guyane, Stéphane TANT.
Interview réalisée par Aurélie Taupin
Les deux grues de quai, inaugurées au 3e trimestre 2025, ont totalisé 5 000 mouvements en un mois et demi de service continu.
Le Grand Port Maritime de Guyane a connu une très belle année en 2025. Pouvez-vous revenir sur son bilan ?
Les chiffres du trafic sont bons. Le GPM a réalisé la deuxième meilleure année de son histoire. La première était 2024, notamment du fait des besoins exceptionnels d’EDF en hydrocarbures. La deuxième est donc 2025 et ce, en dépit de très grandes irrégularités dans les dessertes maritimes. Résilience et efficacité sont les mots qui me viennent, ici. J’ajouterai deux remarques : d’abord, l’évolution du trafic total en tonnage brut est en hausse continue depuis 2015, passant de quelque 0,6 Mt à plus ou moins 1 Mt. Et ensuite, les deux grues de quai, inaugurées au 3e trimestre 2025, ont totalisé 5 000 mouvements en un mois et demi de service continu. Or, de telles performances dopent évidemment l’activité du port
Ces résultats sont à saluer, bien sûr. Cependant, qu’en est-il de vos avancées en terme de stratégie ?
Le GPM poursuit le Projet Stratégique 2024 – 2028 (PS) acté par le Conseil de Surveillance. En cela, il a connu en 2025 des avancées décisives dont les grues de quai que j’évoquais, et le Poste de Contrôle Frontalier (PCF), mais pas seulement : nous avons instauré une comptabilité analytique, séparé les infrastructures Réseau, mis à jour notre contrôle interne, investi sur la protection des données personnelles et encore, intégré des technologies avancées pour optimiser la gestion et les opérations portuaires. Nous avons également amorcé une politique Sécurité et Sûreté, à commencer par le site de Dégrad-des-Cannes. Sur un projet d’investissements de 2 M€ prévu pour deux années, 2025 et 2026, nous avons déjà concrétisé 40 % des actions, soit 0,8 M€. Rehaussement du mur d’enceinte, achat de vidéo-surveillance, renforcement du niveau d’accès sur les badges, (…)
Des mesures tous azimuts, et même le déploiement d’un dispositif de détection de drones ! Pourquoi avoir fait le choix d’investissements lourds aussi bien en terme de sûreté et de sécurité, qu’en matière de cybersécurité ?
Il en va de la modernisation du GPM-Guyane. Ces choix, dont le Conseil de Surveillance a la charge de la validation et le Directoire celle de l’exécution, sont nécessaires pour faire advenir Dégrad-des-Cannes en grand port du futur, que ce soit à horizon 2030, 2050 voire à 2100, puisque la construction des infrastructures s’anticipe pour 80 ans voire plus dans le portuaire.
À quelle échelle se joue cet enjeu ?
À toutes les échelles ! Le Grand Port Maritime de la Guyane met également en œuvre la deuxième feuille de route du Conseil de Coordination Interportuaire Antilles-Guyane, 2025-2029. Pour ne parler que de ce point, nous sommes déjà en présence de trois enjeux majeurs : le développement des échanges régionaux, la lutte contre les trafics illicites de toute sorte, à commencer par le narcotrafic, et la lutte contre les Espèces Exotiques Envahissantes (EEE). Ce dernier volet est capital pour préserver l’écosystème du territoire et donc la biodiversité, l’or vert de l’Amazonie. D’ailleurs, toujours en 2025, nous avons fait le choix d’un schéma directeur pour le patrimoine naturel. À cet égard, nous avons aussi formalisé notre politique RSE par la production de supports de communication.
La transition écologique vous tient à cœur en qualité d’acteur industriel. Aussi, votre implication dans un projet de recherche sur les sargasses a été salué, je crois…
Vous faites allusion à l’appel à projet de l’ANR, l’Agence Nationale de la Recherche, et de l’ADEME, Sargassum III. Nous avons été lauréat en décembre 2025 avec un consortium réunissant le LERMAB, la SARA, SERD et Laudatosea. Le rôle du Grand Port Maritime de la Guyane a été reconnu comme « essentiel à la structuration des chaînes de valeur régionales » dans un programme de recherche qui s’intéresse à la conversion des sargasses en bio-énergie. Une R&D pour laquelle nous avons reçu près de 210 000 € d’aide.
Chacun de ces dossiers mériterait à lui seul une interview. Néanmoins, en regardant dans le rétroviseur, quelle est la plus grande fierté du GPM-Guyane pour 2025 ?
Le Poste de contrôle frontalier (PCF) et les deux grues de quai de 70 mètres de haut arrivent en tête, à égalité. Ce sont nos deux réussites majeures : le fruit d’un travail pugnace et acharné.
Le PCF transforme durablement le port et la Guyane en les libérant de contraintes structurelles fortes. Jusque-là, en effet, bien que le département n’ait pas de frontière européenne directe, il était impossible de présenter à l’entrée du territoire des produits d’origine animale ou des produits phytosanitaires nécessitant des contrôles. Désormais, les services vétérinaires et phytosanitaires de l’État opèrent ce type d’opérations sans problème. Quant aux deux grues, elles offrent la possibilité d’accueillir des navires ne disposant pas de leur propre équipement : performance, sécurité, sûreté… le gain est manifeste. Sans compter qu’elles sont électriques ; une énergie propre comparée à celle dont dépendent les grues de bord, qui concoure aussi à la décarbonation.
À présent que ces outils stratégiques sont fonctionnels, quels défis vont caractériser l’année en cours, 2026 ?
Vous voulez dire, après l’inauguration des deux grues de quai qui contribuent à sécuriser le travail de manutention et optimiser le rendement, et l’ouverture du poste de contrôle frontalier qui intervient alors que la lutte contre les trafics – et en particulier, le narcotrafic – est devenu un enjeu de premier ordre… Eh bien, comme l’indique le Projet Stratégique 2024-2028, nous avons encore devant nous de beaux investissements pour cette année 2026 !
Concrètement, nous avons réalisé près de 8 M€ d’investissements en 2025, donc moins que prévu. Cependant, il ne s’agit pas d’un vrai retard ici, plutôt d’ajournements motivés. En effet, si nous comparons avec la feuille de route 2024-2025 du PS, nous avons effectué 80 % des investissements escomptés. Or, les 20 % d’écart correspondent à l’aménagement de terre-pleins. Ceux-ci, initialement projetés sur 2025, ont dû être reportés en 2026. En cause : le pic des plus de 5 100 conteneurs vides, lui-même effet secondaire de l’irrégularité des dessertes maritimes.


Mais la capacité de stockage du GPM est de 2750 EVP…
Exactement ! Ce surplus représentait une emprise sur les parcelles de terrain concernées, rendant tout travaux inenvisageable. Ce n’est plus le cas. La situation est en voie de se régulariser, si bien que nous pourrons effectuer les aménagements de nos installations au cours du deuxième semestre.
Par conséquent, pour répondre à votre question sur les grands défis qui nous attendent pour 2026, nous avons prévu 11 M€ d’investissements, en tenant compte de ces reports.
Sur quelles forces appuyez-vous votre détermination ?
Les deux grues de quai, inaugurées au 3e trimestre 2025, ont totalisé 5 000 mouvements en un mois et demi de service continu.
Les salariés et les équipes : leur engagement est admirable. Pour illustrer mon propos, dans le cas précis de l’engorgement du terminal conteneurs, les manutentionnaires ont joué un rôle déterminant dans la libération des terre-pleins. C’est leur travail qui rend possible le chantier d’extension des terre-pleins et par la même, le gain de 10 000 m2 d’exploitation de supplémentaires.
Les partenaires institutionnels — l’État et la Collectivité Territoriale de Guyane — jouent également un rôle décisif, notamment au sein de la gouvernance. Nous les remercions pour leur soutien et espérons pouvoir compter sur une plus grande fluidité dans le versement des subventions.
Et les partenaires économiques, enfin : ceux qui interviennent directement pour le GPM-Guyane et encore, ceux qui sont sollicités plus indirectement, pour nos infrastructures. Ils permettent au Port d’être résilient et de répondre au mieux aux besoins du territoire. Autant d’appuis précieux qui expliquent nos bonnes performances.
Je vous remercie, Monsieur Tant. Une dernière question, peut-être : quel regard portez-vous sur le futur ?
Je pense aux tensions internationales qui sont dans tous les esprits aujourd’hui… À ce stade, il nous faut rester serein par rapport aux ambitions validées pour le Grand Port voici deux ans. Serein dans nos gestions des difficultés, et serein dans nos capacités à moderniser, développer et anticiper. Nous concentrons nos forces sur le renforcement de futurs échanges commerciaux : permettre de développer davantage de productions, davantage de valeurs ajoutées sur le territoire, notamment.
C’est-à-dire… En quoi le Grand Port Maritime de la Guyane peut-il être acteur du développement du territoire ?
Historiquement, le GPM-Guyane a permis de faciliter et fluidifier l’importation de produits finis. Aujourd’hui, nous pouvons aller plus loin en contribuant à l’arrivée de matières premières pour stimuler une production locale et ouvrir de nouvelles opportunités d’export — aujourd’hui, moins de 10 % des flux. Développement, anticipation et innovation sont les leviers majeurs pour y parvenir : c’est l’ambition et la feuille de route du Grand Port Maritime de la Guyane.





